À la croisée du conte initiatique et du récit d'aventure, The Great Dreamscape entraîne petits et grands dans un univers où l'imaginaire devient un moyen de dépasser ses peurs et de s'ouvrir à l'inconnu. Au moment de monter sur scène pour le spectacle de son école, la jeune Andréa, paralysée par l’angoisse, se réfugie derrière une cape mystérieuse qui l'emporte vers un monde fantastique peuplé de découvertes inattendues.
Récompensé par le Cristal de la meilleure production TV au Annecy International Animation Film Festival, ce court-métrage produit par Autour de Minuit et Kwassa Films, et distribué à l'international par Autour de Minuit, séduit par son identité graphique singulière, son humour et sa bande originale éclectique. Déjà diffusé sur CANAL+ en France, il sera prochainement proposé en Suisse et au Canada.
Dans cet entretien, le réalisateur Rémi Durin et le producteur et distributeur Nicolas Schmerkin, fondateur d'Autour de Minuit, reviennent sur la genèse du projet, les choix artistiques qui ont façonné le film et leurs ambitions pour son parcours international.
Unifrance : Pouvez-vous revenir sur la genèse de ce projet et sur la rencontre entre les différents collaborateurs ?
Rémi Durin : Le film est né à l’initiative de Valérie Magis, scénariste. Si le projet final ressemble assez peu à sa version initiale, Valérie en a été, dès le départ, le moteur. Je l’ai rejointe en y apportant des idées et des envies de réalisation qu’elle a intégrées à un scénario en constante évolution.
L’écriture du film a ainsi duré près de 3 ans. La dernière réécriture est intervenue au moment de l’animatique, lorsque le film commence véritablement à exister comme objet filmique et que les enjeux narratifs se posent et se résolvent de manière cinématographique. Beaucoup d’éléments, y compris les dialogues, ont alors été revus et repensés.
À la manière d’un conte pour enfants, le film aborde une angoisse universelle et transgénérationnelle : la peur de soi, de l’inconnu, mais aussi de l’autre. Souhaitiez-vous transmettre un message positif autour de l’importance de rêver, d’oser et d’expérimenter, avec plusieurs niveaux de lecture, destinés aussi bien aux enfants qu’aux adultes ?
RD : Évidemment, la peur nous habite tous, elle nous est propre et, en même temps, elle est universelle. Le rêve, d’une certaine manière, nous donne accès à des aspects et des recoins de nous-même ou du monde que ces peurs nous empêchent d’appréhender.
L’un des grands enjeux de la vie, en particulier durant l’enfance, est d’apprendre à dépasser ces peurs pour accéder à des parties du monde, ou de nous-même, qui nous semblent inatteignables. Aujourd’hui, à plus de 40 ans, je n’ai pas encore accès à tout, et beaucoup de mes peurs sont encore aux commandes. Ce film me touche donc presque autant qu’un jeune enfant.
Le parti pris graphique apporte au film une touche d’humour, de légèreté et de spontanéité, notamment grâce à esthétique de “croquis”. Pourriez-vous revenir sur ce choix artistique et sur la manière dont il sert le récit ?
RD : À chacun de mes films, j’aime expérimenter une nouvelle approche graphique. Pour celui-ci, j’avais envie d’un trait vif, dynamique, vivant, presque vibrant, afin de donner aux personnes et au monde une énergie et une expressivité particulières. J’admire beaucoup des illustrateurs tels que Quentin Blake ou Bernadette Després, dont les dessins sont d’une spontanéité et fraicheur remarquables.
Marie de Monti, autrice de bande dessinée dont j’apprécie beaucoup le travail, m’a accompagnée dans la création des personnages, en leur insufflant leur loufoquerie visuelle, tandis que je me consacrais aux décors et aux couleurs du film.
La musique du film semble puiser en partie son inspiration dans le jazz et faire écho à son message de liberté. Quelles ont été les principales influences musicales et comment la bande originale a-t-elle été pensée ?
RD : Au départ, nous voulions opposer deux styles de musique : la musique classique et le jazz. Finalement, c’était assez réducteur, très basique et peu pertinent. Certes, le jazz renvoie l’image d’une musique spontanée, improvisée et libérée d’un carcan trop strict ou académique. Pour autant, très vite, nous nous sommes dit qu’il fallait plutôt teinter les personnages et les espaces d’une identité rythmique qui leur soit propre.
Avec Yan Volsy, le compositeur, nous avons ainsi exploré plusieurs pistes, très éclectiques dans leurs genres, sans chercher à rendre les choses logiques ou codifiées. C’était en fait très analogique, comme un ressenti. La première maquette musicale que nous avions réalisée partait vraiment dans toutes les directions. Une chose était certaine, en revanche : je voulais ce solo de percussions qui explose au moment où Andréa et l’oiseau détruisent la machine, en venant poser des contretemps.
C’était, en ce sens, une musique libératrice, capable de faire réagir les personnages.
Cette année, le film a été récompensé au Festival d’Annecy par le Cristal de la meilleure production TV. Quelles sont désormais vos ambitions à l’international ? Selon vous, quels sont les principaux atouts du film pour séduire les festivals, les distributeurs, les diffuseurs et les publics étrangers ?
Nicolas Schmerkin : The Great Dreamscape est un film qui invite les enfants (et les adultes) à accepter, ressentir et utiliser leurs peurs comme une force. C'est un film doté d'une esthétique forte et unique, qui lui permet de concourir dans les plus grands festivals d'animation, jusqu’à présent avec succès (Anima, Clermont-Ferrand, Annecy, Rennes, Vila Do Conde, Anibar…).
Porté par une narration universelle mêlant aventure, comédie, ainsi que par des personnages charismatiques et attachants, c’est un film idéal pour une diffusion sur les chaînes de télévision à l’international. En France, il est diffusé par Canal+, et il a récemment été acheté par la RTS en Suisse et par TFO au Canada.
Pour les sorties en salles de cinéma, il est également accompagné par d’autres courts métrages. C'est le choix qu'ont fait Les Films du Préau en France, où le film a déjà réuni plus de 60.000 spectateurs, et Le Parc Distribution en Belgique, qui l'a repris cette semaine.
En parallèle de son parcours en festivals, le film est présenté aux principales chaînes de télévision et plateformes dans le monde, avec l’espoir que, comme Andréa, il prenne lui aussi son envol à l’international !


























